Vous avez dit Ritchie boys?

curiosité

Le château de Colombières abrite une bien curieuse exposition

Le château de Colombières abrite une bien curieuse exposition

 » Lorsque nous entrâmes à pied dans le camp, je croyais rêver. Une compagnie de SS en uniforme nous croisait. Un véhicule militaire allemand comme j’en avais vu à Dieuze, me dépassait en pétardant. Deux officiers allemands, tout en raideur, étaient assis au fond de la voiture…. « 

Nous sommes en 1942. Hans Habe, journaliste et écrivain d’origine allemande a fui le régime nazi. Capturé et interné dans le camp de Dieuze, aux environs de Metz, il s’échappe grâce à l’aide d’amis français puis émigre aux Etats Unis. C’est en 1941 qu’il obtient la nationalité américaine. Très vite il est approché par l’armée américaine pour suivre une formation dans le domaine de la guerre psychologique. Nombre de ses compatriotes, juifs d’origine allemande ou autrichienne mais naturalisés américains ont ainsi rejoint des camps de formation, dont celui du Maryland, dans la ville de Ritchie, le Military Intelligence Training Center (centre d’entraînement au renseignement militaire) . Ainsi naissent les Ritchie boys. Tous possèdent un atout indispensable: les connaissances culturelles et linguistiques pour monter une opération de contre-propagande, démoraliser l’ennemi et le briser.

Durant plusieurs mois, Hans Habe suit un entraînement particulier afin de devenir un interrogateur expérimenté. Pour cela, rien n’est laissé au hasard. Sur les conseils de leurs alliés les Anglais, lui et ses coreligionnaires doivent assimiler une masse d’informations dans le but d’impressionner suffisamment leurs interlocuteurs le moment venu. La mise en scène est parfaitement réaliste avec un petit côté hollywoodien. L’enseignement dure huit semaines et Hans Habe et les 20 000 Ritchie boys qui fréquenteront les camps de formation doivent se familiariser avec les habitudes et le contexte des allemands, en lisant la presse, les lettres des prisonniers ou leurs journaux personnels, en regardant les actualités cinématographiques. Certains apprennent même  l’utilisation des pigeons voyageurs, la sténographie allemande, le morse.

L'emblème de la MRBCo est....Jiminy Cricket!

L’emblème de la MRBCo est….Jiminy Cricket!

Mais pourquoi Jiminy Cricket sur des patins à roulettes?

Mais pourquoi Jiminy Cricket sur des patins à roulettes?

En 1943, l’armée américaine créé une succursale du camp de Ritchie, le camp de Sharpe. Des hommes soigneusement choisis parmi les Ritchie boys sont préparés à des missions de propagande sur le terrain. Hans Habe met sur pied une école de journalisme. La première Mobile Radio Broadcasting Compagny (Compagnie mobile de radiodiffusion) voit le jour.

C’est ainsi que dès le 6 juin 1944, les hommes formés aux camps de Ritchie et de Sharpe débarquent en Normandie. Ils sont regroupés au château médiéval de Colombières « la Vigie des Marais » dans le Bessin. Vivant dans des conditions spartiates, ils interrogent les prisonniers, fabriquent des tracts en langue allemande, les mettent dans des obus évidés que des avions, des B17 de la Royal Air Force, larguent sur le front. Opération qui provoque quelques tensions entre les officiers britanniques et américains, les premiers arguant que la prise de risque, le coût de l’opération sont disproportionnés par rapport aux résultats. Ces tracts incitent les soldats à déposer les armes et les informent que le régime nazi les trompe. « Warum standzuhalten? Geben Sie Sie zurück! (Pourquoi résister ? Rendez-vous!) Bientôt un journal en langue allemande (Frontpost) paraît sous la responsabilité de Stefan Heym. Journaliste allemand, il refuse lui aussi le régime nazi et se réfugie tout d’abord en Tchécoslovaquie puis à New York où il devient rédacteur en chef d’un hebdomadaire allemand, « l’Echo du peuple allemand ». Il prend la nationalité américaine, et rapidement s’engage dans le groupe des Ritchie boys. C’est ainsi qu’il se retrouve sous les ordres de Hans Habe à Colombières. Grâce à cette collaboration, à l’aide apportée par les habitants de Colombières, des milliers de tracts et journaux seront lancés au dessus des lignes ou sur les convois de la Wermacht.

Le château de Colombières servit durant plusieurs semaines de lieu stratégique à l’armée américaine pour tout ce qui concerne la presse et l’information, écrite ou radiodiffusée. Mais également de base aux « Mobile Broadcast Units » (unités mobiles de diffusion), camions munis de haut-parleurs qui haranguaient les soldats ennemis et tentaient de les démoraliser afin qu’ils se rendent.

L’action des Ritchie boys fut reconnue fondamentale lors du débarquement puis pendant les mois qui suivirent. Il est estimé par exemple qu’ils interrogèrent plus de 150 000 prisonniers à proximité du front ou dans les camps, jusqu’au USA ou Angleterre.

Mais qui s’en souvient ? Jamais ils n’ont adhéré aux associations de vétérans. Quelques uns sont revenus au château de Colombières où durant plusieurs mois de 1944 ils ont cohabité avec une population acquise à leur cause. Il était fréquent que les habitants du village leur prêtent main forte.

Les haitants de Colombières ont prêté main forte aux Ritchie boys

Les habitants de Colombières remplissent les obus de tracts avec les Ritchie boys.

Les propriétaires actuels du château bien conscients de l’importance de cet épisode de la seconde guerre mondiale ont collecté documents écrits et iconographiques, objets, et bien d’autres éléments informatifs sur le sujet, dont les témoignages d’anciens Ritchie boys. Ils sont visibles par le public. L’histoire vaut le détour. Ne serait ce que pour rendre hommage à ce curieux groupe des Ritchie boys et à ceux qui s’en souviennent.

                                                                                          BBC

3 réflexions sur “Vous avez dit Ritchie boys?

  1. Sujet PASSIONNANT de bout en bout ! J’ignorais totalement l’existence de ces fameux « Ritchie boys. » J’ai appris quelque chose ! Un grand merci pour cette « curiosité »; cela m’a donné envie d’en savoir un peu plus. Mais… je n’ai pas trouvé grand chose… Mis à part le fait que le Château soit maintenant un hôtel (Relais & Château) et ce petit encart sur le site « Normandie Tourisme » : « Monument historique classé, édifié entre Bayeux et Isigny sur Mer à proximité des plages du débarquement, le château de Colombières est l’une des forteresses militaires les plus notables de Basse-Normandie au temps de la féodalité. De Guillaume le Conquérant à la seconde guerre mondiale, sa vocation défensive fait de cette demeure le témoin de mille ans d’histoire. Le château est entouré de douves en eau et d’un parc soigné et romantique. »
    Je vous réitère donc mes remerciements et je ne peux que vous dire bravo pour l’ensemble de vos articles, que je lis avec grand, grand plaisir à chaque parution !
    Edith

    • J’aurai tendance à répondre que si le sujet intéresse, il faut se rendre sur place pour en savoir davantage. Une pièce est entièrement consacrée aux Ritchie boys et se visite comme le reste du château d’ailleurs. Charles de Maupeou d’Ableiges passionné par cet épisode de la Seconde Guerre Mondiale est intarissable. Peut être n’est il pas facile de se rendre dans ce coin de Normandie non loin des plages du Débarquement. Alors si le sujet vous a plu, je vais rajouter encore des précisions dans le prochain article.
      BBC

      • Je vous remercie vraiment beaucoup : pour votre réponse et pour les précisions dans le prochain article !
        Il ne m’est certes pas facile de me rendre en Normandie (j’habite Bordeaux), mais je connais les plages du débarquement. J’ai eu la grande chance d’y aller (il y a longtemps, mais mes souvenirs sont intacts.) je serais très intéressée par l’exposition du – très beau – château de Colombières et de pouvoir rencontrer l’intarissable monsieur Maupeou d’Abeiges; il est toujours captivant de côtoyer des gens passionnés !
        EP

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